
Le Québec doit lui aussi s'ouvrir aux partenariats public-privé
31 mai 2003
Gagné, Jean-Paul
On en parle depuis des années, à tel point qu'on a l'impression que tout a été dit. Malheureusement, rien n'a été fait pour différentes raisons, mais surtout par manque de courage des élus dans les différents gouvernements. Il s'agit des partenariats public-privé. La première ministre britannique Margaret Thatcher a non seulement montré la voie en ce domaine, mais elle a aussi privatisé plusieurs sociétés d'État (dans le transport aérien, l'acier, la gestion de l'eau, l'énergie, les télécommunications, etc.) et amendé à plusieurs reprises les lois du travail, autant de gestes qui ont contribué de façon éclatante à sortir l'économie de son pays d'une longue léthargie. Elle n'a pas craint d'affronter les syndicats qui, par leurs conditions de travail et leurs grèves illégales, paralysaient l'économie britannique.
Les premiers ministres qui ont suivi, le conservateur John Major et le travailliste Tony Blair, n'ont rien changé à la voie tracée par Mme Thatcher, avec le résultat que la santé de l'économie britannique fait maintenant l'envie d'autres pays européens et principalement de la France et de l'Allemagne, qui sont aux prises avec des dirigeants syndicaux qui veulent coûte que coûte protéger de supposés droits acquis, quitte à freiner la croissance et à bloquer la création de la richesse. C'est exactement ce qui se passe en France où les syndicats de fonctionnaires ne veulent pas reporter leur retraite de quelques années pour contribuer à sauver le système des pensions.
Chez nous, le premier ministre Jean Charest a promis une nouvelle façon de gouverner et a demandé à sa présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, de réinventer le gouvernement.
Il faut en effet arriver à mieux servir les citoyens et à le faire à moindre coût. La distribution de services par Internet est un moyen, mais il faut surtout alléger l'appareil administratif, notamment en confiant à des entreprises externes la distribution de services et la propriété d'immeubles et d'infrastructures.
Les partenariats offrent plusieurs avantages :
C'est une façon d'alléger la dette du gouvernement, qui est déjà trop élevée; la construction et le financement de routes, de centres d'accueil, de centres et cliniques ambulatoires, de prisons et d'écoles par le privé permettent aux citoyens d'avoir accès plus rapidement aux équipements requis sans accoître la dette publique. C'est ce que font déjà l'Ontario, l'Alberta et la Nouvelle-Écosse (écoles).
Les partenariats public-privé permettent de mettre en concurrence différents opérateurs, ce qui assure une réalisation au plus bas coût, sans sacrifier la qualité attendue.
Les organismes sans but lucratif, les coopératives et même des entreprises ad hoc créées par des fonctionnaires peuvent soumissionner des projets. À Goderich, ville ontarienne qui multiplie les partenariats, le YMCA de Sarnia a obtenu la gestion des équipements récréatifs (arénas, terrains de balle, piscines, gymnases, etc.) et de la bibliothèque.
Les économies réalisées sont retournées aux gouvernements qui peuvent s'en servir pour améliorer les services aux citoyens.
Les partenariats sont une source d'innovation. Ils permettent de créer de nouvelles entreprises et de mieux distribuer les services.
Avant de se lancer sur ce terrain, Québec serait bien avisé d'aller voir les expériences qui se vivent en Alberta, où le gouvernement a créé un comité aviseur externe pour le conseiller sur le financement alternatif des projets d'immobilisation pouvant être réalisés en partenariat (on vise 25% d'un programme triennal de 5,5 milliards de dollars) et en Colombie-Britannique, où le gouvernement a créé Partnerships British Columbia, une société d'État qui a pour but de trouver des projets d'infrastructures pouvant être financés par des partenariats public-privé et de gérer les processus inhérents (documentation des propositions, appels d'offres, financements, etc.).
La réalisation et le montage de projets de partenariats public-privé requerra un important changement des mentalités chez les fonctionnaires, qui ont toujours géré des budgets de dépenses plutôt que des plans d'affaires, et les leaders syndicaux, qui craignent de perdre des membres.
Il faudra beaucoup d'information et d'explication, notamment auprès des fonctionnaires, qui résisteront au changement, et des syndiqués, dont on devra protéger les emplois et les conditions de travail.
On a vu ailleurs que des partenariats peuvent être réalisés à l'avantage de tout le monde, citoyens comme fonctionnaires. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi au Québec? La réponse est entre les mains de nos leaders syndicaux.
jean-paul.gagne@transcontinental.ca